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« La nature est devenue mon bureau »

19 août 2021

Après avoir fait ses premières armes dans le tourisme en Europe, Ludovic s’installe à Madère où il devient guide, notamment pour Au Tigre Vanillé. Passionné par son île, il la voit s’agrandir jour après jour à mesure qu’il explore l’infinité richesse de ce qu’elle a à offrir à son esprit curieux. Entier, spontané et bienveillant, Ludovic cherche avant tout la joie dans les yeux de ses clients, l’expérience humaine ou le lieu qui les fera penser : « J’aime Madère ! ». Dans cette interview, Ludovic nous livre quelques bribes de sa philosophie, un regard sur Madère et son vécu !

Comment êtes-vous arrivé à Madère ?  

Je suis Français d’origine portugaise et j’ai effectué la plupart de mes études et expériences professionnelles entre la France, l’Allemagne et surtout l’Angleterre où je suis resté plus longtemps que les autres pays. Je m’y suis concentré sur l’apprentissage de langues étrangères et ai beaucoup appris sur le secteur du tourisme. C’est en 2002 qu’un tour opérateur, pour lequel je travaillais déjà, me propose d’aller à Madère. Et je dois vous confesser que j’ai tout de suite accepté, parce qu’en Angleterre… la météo… il faut vraiment la vivre pour comprendre à quel point c’est difficile !

C’est là que vous êtes devenu guide… ?

Alors guide, c’est venu après. Ma première mission a été de réceptionner et escorter des groupes et de les conseiller. Puis, je suis devenu reporter pour le Petit Futé et j’étais chargé de fournir du contenu pour Madère, mais également d’autres destinations, notamment Lisbonne et Porto ; une activité que je poursuis toujours.

Je suis très rapidement tombé amoureux de la nature de l’île ce qui m’a poussé à suivre une formation de guide de montagne. J’ai commencé à découvrir les lieux, à collecter les adresses et, finalement, à élaborer des programmes, notamment autour de la gastronomie, un aspect important des visites que je fais !

La nature est devenue mon bureau !

Madère est une petite île, n’avez-vous jamais pensé à varier un peu vos activités en allant aux Açores, ou encore aux îles Canaries ?

Madère est petite, mais finalement cette formation de guide de montagne a complètement effacé cette impression. J’ai appris à découvrir l’île, ses versants qui ont chacun leurs spécificités, une cordillère centrale encore différente du reste… il y a aussi un jeu de saisons et de microclimats qui fait qu’on ne retrouvera que rarement deux fois le même paysage et qui rend l’île inlassable. On n’est jamais dans une routine et la nature est finalement devenue mon bureau ! Pour les Canaries et les Açores, j’avoue n’avoir jamais vraiment senti l’appel…

Avez-vous observé une évolution de Madère au cours des années où vous y avez vécu ?

Ce que je peux observer, c’est que ces dernières années, Madère se cherche. Le Printemps arabe a marqué un tournant puisque, depuis, de nombreux touristes cherchent des alternatives aux pays du Maghreb pour leurs vacances et que Madère en est devenue une. En conséquence, on peut observer le développement d’une forme de tourisme de masse, plus précisément autour de Funchal avec la présence de « All inclusive », ce qui n’a pas trop pris dans le reste de l’île.

Cette tendance s’est confirmée après les attentats en Europe, notamment en France. J’ai l’impression que les Français se sont rués sur le Portugal, un pays jusqu’alors oublié qui est soudain devenu une destination très prisée pour tout ce qu’elle a à apporter. Madère, connue surtout des randonneurs, a également profité de cette tendance pour son aspect exotique (on la surnomme « La petite réunion »).

Ces dernières années, Madère se cherche

Selon vous, qu’est-ce qui attire les gens à Madère et à qui déconseilleriez-vous cette destination ?  

Madère est tout d’abord un paradis pour les randonneurs ! Le climat y est doux toute l’année (climat semi-tropical), l’île a beaucoup de relief et une diversité végétale étonnante. On y trouve aussi des villages pittoresques et une gastronomie très variée. Le tout peut être couplé avec un peu de balnéaire, l’île adjacente de Porto Santo est en effet bordée d’une plage de plusieurs kilomètres. Mais je dirais toutefois que d’autres destinations sont plus appropriées pour ceux qui souhaitent surtout faire du balnéaire, l’île principale de Madère étant plutôt un paradis vert propice à la randonnée.

Quelques questions plus personnelles… Un restaurant préféré ?

Des restaurants préférés, j’en ai plusieurs ! Si je veux manger du poulpe, j’ai un restaurant préféré. Si je veux manger une brochette de poulet, j’ai un restaurant préféré. Étant donné que j’ai des envies différentes, j’ai un restaurant pour chacun de mes désirs… trop difficile de n’en citer qu’un seul.

Un lieu insolite que vous appréciez particulièrement faire visiter ?

Sans aucun doute, Faja dos padres, une impressionnante falaise au sud de l’île qui m’émerveille à chaque fois que je m’y rends. Là, un bout de la montagne s’est écroulé et gagne sur la mer, laissant place à une terre cultivable où poussent papaye, mangues, bananes qu’on peut déguster – avec bien d’autres plats – dans un très bon restaurant. Faja dos padres n’est pas loin de Cabo Girao qui est dans tous les guides. Ce dernier endroit est magnifique, mais Fajas dos padre, peut-être un peu moins impressionnante, reste moins fréquentée et donc plus intime.

Une tradition typique de Madère qui vous touche ?

J’apprécie particulièrement les dimanches à Madère. Vous savez, la population est très religieuse, les il n’y a pas de place dans les églises lors de la messe ! Et en sortant, les familles profitent de retrouvailles dans la nature, avec des tables, des chaises, autour d’un barbecue où grillent poissons et viandes. Des moments que je trouve touchants et très sains.

Un souvenir marquant que vous avez vécu avec un client ?

J’en ai beaucoup, mais je citerai un des derniers que j’ai vécus. Patrick, 74 ans, tenait absolument à faire l’ascension du plus haut point de l’île. Je l’ai guidé jusqu’en haut, et il était si content en arrivant sur place, qu’il en a gardé le sourire tout le retour. À un certain stade, il s’est arrêté sur le chemin, et s’est mis à chanter une chanson traditionnelle en hommage aux glaciers suisses ! Un moment très émouvant !

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