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Le blog de voyage
du Tigre
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L’art comme miroir du Japon

19 mars 2026

Nous avons donné la parole à l’une de nos guides au Japon, céramiste de formation et fine observatrice des esthétiques nippones. À travers son parcours, Andréa Polier nous ouvre les portes d’un Japon où l’art s’immisce dans les gestes du quotidien. Pour elle voyager est avant tout un art sensible.

Qu'est-ce qui vous a attirée vers la céramique ?

A.P. : Je crois que tout a commencé à mes 15 ans, lorsque j’ai reçu un livre sur l’art chinois. Ce fut une révélation. J’ai ensuite étudié la langue chinoise et me suis mise à collectionner les tabatières en porcelaine. Leur délicatesse, leur petite taille, la minutie des détails… cela m’a fascinée. C’est ainsi que je me suis inscrite à des cours de céramique. À l’université, je me suis orientée vers la langue japonaise et les arts orientaux, avec une spécialisation en céramique.

Céramiste au Japon

Y a-t-il eu une rencontre qui a façonné votre rapport à la création ?

A.P. : Oui, mes études post-universitaires à l’Université des Beaux-Arts de Kyoto. J’y ai réalisé que la théorie me convenait davantage, mais mes connaissances techniques me permettaient de comprendre et d’expliquer plus finement le travail des céramistes. L’approche japonaise m’a profondément marquée : un apprentissage fondé sur l’observation et la répétition du geste, avec très peu d’explications verbales.

Reproduire un mouvement, le ressentir physiquement, y mettre son souffle… c’est une manière de créer bien différente de l’enseignement occidental, où l’on intellectualise souvent trop.

Comment décririez-vous l'esprit de l'art japonais dans la vie quotidienne ?

A.P. : Au Japon, la frontière entre arts appliqués et arts plastiques est moins marquée. Un même artiste peut créer de la vaisselle et des pièces purement sculpturales sans que cela soulève de questions. Surtout, la dimension esthétique des objets du quotidien est essentielle : un bol choisi pour déguster le riz, une tasse pensée pour accueillir le thé… Ces gestes font partie d’un rituel.

En quoi la tradition influence-t-elle encore la création contemporaine ?

A.P. : La richesse de la vaisselle et la variété des formes, très codifiées en fonction des aliments, sont un moteur créatif pour les artistes d’aujourd’hui.

Et même dans l’art contemporain, on retrouve souvent les mêmes matériaux que dans les objets traditionnels. Les techniques ancestrales continuent à influencer l’art aujourd’hui.

Comment le Japon nourrit-il votre regard aujourd'hui, même si vous ne pratiquez plus la céramique ?

A.P. : Mon regard reste irrémédiablement attiré par l’esthétique des formes, des couleurs, des paysages, de l’architecture… Mes voyageurs me disent souvent : « Tout est tellement photogénique ici ! » Et ils ont raison : cette sensibilité est partout.

Magasin de céramiques au Japon

Y a-t-il un lieu ou une saison qui stimule particulièrement votre créativité ?

A.P. : La mer intérieure de Seto. Son climat méditerranéen est unique au Japon, et la nature y déploie toutes ses nuances : cerisiers au printemps, érables rouges à l’automne… J’y retourne régulièrement, notamment sur l’île de Shôdoshima. C’est un lieu où je peux écrire, observer les saisons, rencontrer les artistes de passage pour la triennale d’art. Un espace qui respire la création.

Ile de Shodoshima et la mer de Seto

Comment partagez-vous l'art japonais avec les voyageurs ?

A.P. : Avec Au Tigre Vanillé, nous proposons des expériences créatives chez des artisans ou artistes locaux. Ces moments permettent une rencontre directe avec la matière et le geste. Grâce aux traductions et aux échanges, j’ai vraiment le sentiment de transmettre l’essence de cette culture. Les objets que nos visiteurs fabriquent deviennent des souvenirs précieux, porteurs de l’expérience vécue.

Un voyageur a-t-il déjà modifié votre regard sur votre propre relation à l'art ?

A.P. : Oui. Je me souviens d’une visite avec le photographe suisse Jean-Pierre Grandjean. Sous une pluie battante, il courait capturer les éclairs sur un étang couvert de lotus à Tokyo, alors que je me protégeais sous un parapluie. Sa manière d’observer les lieux que je croyais connaître a changé ma perception.

Comment voyez-vous l'évolution de l'art au Japon aujourd'hui ?

A.P. : Nous recevons tellement d’images du Japon qu’il devient parfois difficile de distinguer ce qui est traditionnel de ce qui est réinventé. Mais je crois que chacun peut trouver une forme d’art japonais qui l’attire. La scène est riche, multiple, souvent nourrie d’influences extérieures. C’est ce qui la rend si accessible.

Que souhaiteriez-vous que les voyageurs retiennent de l'art japonais ?

A.P. : L’attention au détail, la finesse des gestes, la continuité entre tradition et création contemporaine. Et aussi la valeur du travail : le prix d’un objet raconte souvent des heures de patience et de savoir-faire. En l’achetant, on soutient l’artiste et on contribue à préserver un patrimoine vivant.

Si votre art était un paysage japonais ?

A.P. : Une visite dans un temple de campagne, suivie d’une promenade au bord d’une rivière… et un bon thé servi dans un bol façonné par un maître.

Un coup de coeur artistique à partager ?

Le bâtiment Kioi Seido de l’architecte Hiroshi Naitô, dans le quartier de Yotsuya à Tokyo. Un espace mêlant bois, verre, béton et métal, d’une élégance remarquable, dédié à l’étude de l’éthique et aux expositions. Les proportions y sont parfaites.

ON VOUS A DONNÉ ENVIE DE PARTIR AU JAPON ?

Nous aimons prendre le temps nécessaire pour mieux cerner les envies de nos voyageurs afin d'offrir une expérience qui corresponde le plus possible à leurs attentes.