du Tigre
On ne choisit plus seulement une destination : on choisit une émotion. Certains lieux dépassent leur simple fonction d'hébergement pour devenir des expériences à part entière, là où le voyageur se réveille au cœur d'une œuvre, où le vin dialogue avec la lumière, où chaque chambre raconte une histoire différente.
D'un domaine viticole argentin abritant un musée dédié à James Turrell, à un ancien silo à grain sud-africain devenu temple de l'art contemporain, en passant par un ryokan japonais réinventé et une chambre-œuvre au bout du monde, voici cinq adresses où dormir devient un acte de contemplation.
AFRIQUE DU SUD : The Silo Hotel
Quand l’histoire industrielle rencontre l’art africain
Au bord du port de Cape Town, une silhouette intrigante se détache du ciel : un ancien silo à grain transformé en hôtel. Ses parois brutes, percées de grandes bulles de verre, captent la lumière du Cap comme un kaléidoscope. Ce bâtiment, autrefois rempli de blé, abrite aujourd’hui une autre forme de richesse — celle de la création africaine.
Réinventé par l’architecte britannique Thomas Heatherwick, le Silo s’élève au-dessus du Zeitz Museum of Contemporary Art Africa (MOCAA). Ensemble, ils composent une sorte de dialogue vertical : en bas, le musée expose l’art du continent ; au-dessus, l’hôtel l’habite et l’interprète à sa manière.
Un musée au-dessus d’un musée
Ici, l’art n’est pas accroché sur des murs blancs. On le croise dans un ascenseur, en photo de Pieter Hugo. On le surprend dans un couloir, en collage signé Jody Paulsen. Parfois, il vous attend dans le hall sous la forme d’une sculpture de Cyrus Kabiru, faite de métal récupéré.
Au sous-sol, The Vault, galerie confidentielle, présente deux expositions par an. À chaque accrochage, une œuvre reste, comme un souvenir de passage. Peu à peu, la collection grandit, traçant l’histoire d’un lieu où le contemporain africain s’écrit au fil des séjours.



ARGENTINE : Bodega Colomé
Le souffle des Andes et la lumière de James Turrell
On y accède après plusieurs heures de pistes, à travers des paysages d’altitude. Perdue sur les hauts plateaux de la vallée de Calchaquí, la Bodega Colomé semble flotter entre nuages et cactus. C’est l’une des doyennes du vin argentin.
Fondée en 1831 puis reprise par la famille Hess, elle perpétue la vision de Donald Hess, collectionneur d’art et vigneron venu de Suisse. Pour lui, l’art et la vigne étaient deux sœurs : l’une élève les sens, l’autre le goût.
Aujourd’hui, les vignes s’étendent jusqu’à 3’000 mètres. Le vin qui en naît traduit cette altitude : intense, minéral, presque méditatif.
Lumières intérieures
Au cœur du domaine, un musée inattendu : le James Turrell Museum, unique espace au monde dédié entièrement à l’artiste américain. Ici, la lumière ne se contente pas d’éclairer : elle habite les lieux. Dans ces salles, on marche dans des songes colorés, où halos, ombres et bleus profonds deviennent matière.
Cette rencontre entre art, vin et nature n’a rien de démonstratif. Elle tient plutôt de la correspondance : les nuances d’un cépage répondent aux variations d’une lumière, la patience du vigneron à celle de l’artiste.



JAPON : Shiroiya Hotel
Un musée à vivre au cœur de Maebashi
À Maebashi, loin des grands itinéraires touristiques japonais, le Shiroiya Hotel attire le regard par ses lignes blanches et inattendues. Ancien ryokan de plus de trois siècles, il a été transformé par l'architecte Sou Fujimoto en un manifeste d'architecture contemporaine.
Le projet, initié par l'entrepreneur local Hitoshi Tanaka, dépasse l'hôtel pour devenir un geste urbain. À l'intérieur, un vaste atrium baigné de lumière, des passerelles suspendues et une colline végétale — la Green Tower — brouillent les frontières entre bâtiment, paysage et espace public.
Un hôtel qui se visite
Ici, l'art ne s'ajoute pas : il structure le lieu. Le Shiroiya Hotel se parcourt comme une galerie habitée, où les œuvres dialoguent avec l'architecture et surgissent au fil des déplacements.
Des interventions lumineuses et des silhouettes minimalistes ponctuent couloirs et espaces ouverts, sans jamais s'imposer frontalement.
Certaines chambres prolongent l'expérience, notamment celles conçues par Hiroshi Sugimoto, réduites à l'essentiel. La lumière devient sujet, le silence matériau.



CHILI : Vik Retreat
Art, vin et horizon chilien
Un mirage métallique, posé entre ciel et vigne. Dans la vallée de Millahue, à deux heures de Santiago, le Vik Retreat semble flotter au-dessus des collines. Sa structure de verre et de titane capte la lumière des Andes, virant de l’argent à l’aube au cuivre au crépuscule.
Imaginé par le couple de collectionneurs Alexander et Carrie Vik, et dessiné par l’architecte uruguayen Marcelo Daglio, le lieu mêle naturellement vin, art et paysage. Rien n’est décoratif : la transparence du bâtiment répond à celle du vin, la courbe du relief à celle du design.
Les chambres comme œuvres
Ici, choisir une chambre revient à choisir un univers. Vingt-deux artistes ont signé les leurs, transformant l’hôtel en collection vivante. On dort littéralement dans une œuvre.
Dans l’une, des silhouettes colorées dansent sur les murs ; dans une autre, des matériaux bruts côtoient des touches d’or. On peut passer d’un collage géant à une sculpture suspendue, d’un cocon tout blanc à un labyrinthe de motifs. Chaque pièce a sa personnalité. On traverse l’hôtel comme un musée ouvert toute la nuit. On peut même s’y perdre pieds nus, un verre de vin à la main.




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